TUTORIEL : 10 POINTS CLES POUR REUSSIR SA SERIE DE PORTRAITS.
Bernard | 29 juillet 2008
Avec l’aide de deux ouvrages, le « Photographies 1946 – 2004 » de Richard Avedon et le « Portraits » par Henri Cartier-Bresson, nous analysons quelques portraits photographiques. Puis nous dégagerons 10 points clés pour réussir ses portraits.
Les extraits des deux livres sont réalisés avec les moyens du bord et donc perfectibles techniquement. Mais leurs impacts esthétiques et émotionnels demeurent intacts.
Une comparaison instructive.
Le portrait de Marilyn Monroe (1926 – 1962) fut réalisé par Avedon en 1957 et par Cartier-Bresson en 1960. Dans les deux cas, le regard de l’actrice dégage le même sentiment de tristesse, de solitude, de fragilité. L’actrice sans sourire a le regard fuyant, une attitude relâchée. La coiffure, les vêtements, le décor, le cadrage, la composition diffèrent totalement d’une image à l’autre. Les deux maîtres ont réussi à communiquer la même émotion avec chacun leur style.
Dans les portraits de Truman Capote (1924 – 1984) séparés par 27 ans, on retrouve le même regard, tête légèrement inclinée. Dans celui de Cartier-Bresson, pris en 1947, l’auteur de plusieurs nouvelles dégage une énergie et une poésie. Dans le portrait réalisé par Avedon en 1974, T. Capote, célèbre et reconnu, montre un regard fatigué, vraisemblablement marqué par l’alcool. Chaque portraitiste, par des choix précis, véhicule sa vision du personnage.
La part de mystère de Samuel Beckett (1906 – 1989), poète et dramaturge, est présente dans les deux portraits. Cartier-Bresson joue sur le regard tourné vers l’extérieur du cadre, alors qu’Avedon s’appuie sur la double attitude dont un cliché avec le regard dirigé vers le bas. Là encore les deux photographes utilisent des procédés différents mais parviennent à tirer la quintessence de l’écrivain.
Pour Francis Bacon (1909 – 1992), Cartier-Bresson a choisi de nous montrer une personnage pensif, attablé et regardant droit devant lui. Il en ressort un sentiment d’équilibre, de plénitude conféré par le centrage, la disposition en triangle. Avec Avedon, on perçoit l’inverse. La photo tronquée, la bouche entr’ouverte, la position des doigts, la différence de cadrage, les yeux dissemblables et l’opposition masse noire – masse blanche ainsi que la concaténation des deux clichés, génèrent un inconfort, une interrogation et un rappel de l’œuvre du peintre. Les choix opérés par les photographes influent fortement sur l’impact sur le spectateur.
Enfin avec Igor Stravinsky (1882 – 1971), compositeur et chef d’orchestre, les choix esthétiques s’opposent. Un décor chargé, présent contre l’absence de décor. Un buste avec lunettes et canne contre un visage nu. Un regard tourné vers l’ailleurs contre un regard qui remonte pour nous fixer. Une photo contre trois photos. Pour autant l’impression dégagée demeure voisine, le compositeur sent sa fin proche.
Une vision d’auteur révélée.
Regardons ces portraits selon leur auteur, et je vous encourage à acquérir les livres correspondant car ils contiennent plus de photos dont la fréquentation ne peut que vous être profitable.
Henri Cartier-Bresson utilise son Leica en format 24×36, ses personnages sont placés dans leur décor et les photos réalisés en lumière naturelle. Il cadre principalement le buste et on le sait (cf. HCB Scrapbook Photographie 1932 – 1946 chez Steidl) il virevoltait autour de son sujet. Il prenait donc plusieurs vues en changeant d’angle et de composition. Enfin HCB avait la réputation de ne jamais recadrer ses photos.
Richard Avedon pratique la chambre grand format, ses personnages, placés devant un décor neutre le plus souvent blanc, sont dénués de tout ustensile susceptible de perturber le regard. L’éclairage artificiel ne comporte aucune ombre. Les visages n’expriment aucun sentiment particulier tout comme chez Cartier-Bresson. Le cadrage varie du visage cadré serré jusqu’au buste incluant le haut des jambes. La prise de vue se fait à l’aide d’un pied, et donc les différentes vues se matérialisent par la variation de la disposition du personnage. Les photos ne sont pas recadrées mais Avedon en juxtapose 2 voire 3 pour illustrer son personnage.
Ainsi chaque artiste utilise un jeu de choix précis, invariable pour exprimer un regard d’auteur et faire passer son intention.
10 points clés de la série de portraits
Vous voulez réaliser une série de portraits avec une patte spécifique et un rendu particulier, alors observez ces points.
1 – Choix d’un appareil.
Choisissez un type d’appareil, donc de format, et apprenez à bien le connaître en le pratiquant souvent. Un appareil argentique ou numérique, un format 24 x 36 ou 6 x 6 ou 4 x 5 pouces, peu importe à condition de savoir maîtriser les résultats que l’on peut en attendre. A chaque changement d’appareil, vous devez passer du temps afin de parvenir à un résultat constant sans se poser trop de questions. Votre appareil doit être une extension simple de votre œil.
2 – Choix du décor ou du fond.
Optez pour le décor naturel ou un décor construit, mais gardez-le de bout en bout. Certains préfèrent le studio où ils peuvent davantage contrôler leur environnement, il n’y a pas de bon ou de mauvais décor. Il est simplement cohérent ou non avec vos intentions et avec la série.
3 – Choix de l’éclairage.
On peut le choisir naturel, artificiel ou composite, là aussi peut importe. Mais il doit s’inscrire dans une logique visuelle. Avedon avait opté pour une prise de vue en extérieur pour certains de ses portraits de sa série « In the American West » avec un éclairage artificiel complémentaire.
4 – Choix d’un style colorimétrique
Sur les photos analysées, toutes sont en noir et blanc. Ce choix stylistique imposé vraisemblablement par l’époque peut constituer aujourd’hui une approche spécifique. La couleur avec toutes ses variantes représente un autre choix. Certains utilisent la couleur en leur donnant une désaturation ou au contraire une saturation prononcée. A chacun son langage !
5 – Choix du type de portrait
Visage cadré serré, buste strict ou large, en pied serré ou large, le choix est vaste mais il vaut mieux rester sur peu de variante afin de ne pas s’éparpiller et de contribuer à une certaine unité.
6 – Choix de la prise de vue statique ou dynamique
Le pied photo représente une contrainte liée au grand format mais ce peut être aussi un choix. Cela permet de ne se préoccuper que du personnage, de son placement, de son attitude, de son expression. En dynamique, quand on tourne autour du personnage, on change la composition en incluant/excluant des détails de l’environnement. Il y a plusieurs paramètres à prendre en compte. Mais plus de liberté de manœuvre !
7 – Multiplication des vues
En séance il faut effectuer plusieurs vues, ce qui permet un choix à posteriori. Bien sûr on ne change pas les paramètres évoqués plus haut. L’expression, la position du personnage varie d’une vue à l’autre.
8 – Direction de la personne
Un photographe doit donner des directives claires au personnage, sur l’ambiance dans laquelle il souhaite se trouver. Sur les gestes à faire, les expressions à avoir, etc. C’est la partie essentielle du portrait. De la relation du photographe à son « modèle » découle l’intensité psychologique du portrait. Tous les choix opérés jusqu’alors servent à décharger le photographe de toutes les contraintes pour lui permettre de se focaliser sur son sujet.
Il peut s’avérer efficace de ne pas garder son œil derrière l’objectif. Cela soulage le modèle de savoir le photographe à coté ou en train de le regarder directement.
9 – Harmoniser la série
Après une sélection des photos à retenir, il faut les rendre « compatibles » c’est-à-dire recadrer si nécessaire, adapter leur contraste, gérer les corrections. L’objectif consiste en une série de photos sans écart technique prononcé afin que le spectateur puisse mieux se concentrer sur le contenu et les émotions implicites.
10 – Choix d’un support
Une série de photos doit être imprimée ou tirée sur le même type de papier avec le même format de restitution. La aussi il ne faut pas détourner l’attention du spectateur avec des détails accessoires. L’agencement des photos, leur succession peut avoir un sens. Organisez votre série en imprimant votre rythme !
Faire une série de portraits nécessite un regard d’auteur avec une intention déterminée. La série est réussie si on retrouve chez le spectateur l’intention de l’auteur.
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je te remerie pour ces images :)
Potins | 25 octobre 2008je te remerie pour ces images
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Bernard | 25 octobre 2008Je sais que cet article suscite beaucoup d’intérêt par le nombre de consultation. Mais cela me fait plaisir et m’encourage à poursuivre quand un commentaire, même succinct, vient égayer la page.
Merci d’avoir pris le temps de mettre quelques mots !