WALKER EVANS ET HENRI CARTIER-BRESSON EN AMERIQUE ENTRE 1929 ET 1947
Bernard | 30 septembre 2008A la Fondation Henri Cartier-Bresson se tient une exposition dont le catalogue vient de sortir chez Steidl : « Henri Cartier-Bresson, Walker Evans, Photographier l’Amérique 1929 1947 ». On avait comparé dans ce blog le road trip photo de HCB avec celui de Robert Frank, l’exposition et le livre mettent en relation les images de deux symboles de la photographie.
La couverture du catalogue de couleur caramel présente de minuscules alvéoles comme un papier gaufré. Les caractères embossés jouent sur les couleurs noir, gris et rouge pour marquer la différence. Sur la tranche, la typographie utilise seulement le noir. L’ensemble dégage, par sa sobriété, une allure manifeste. Steidl n’a pas lésiné sur les moyens pour un travail de qualité !
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L’introduction d’Agnès Sire, Commissaire de l’exposition, retrace le parcours et explicite les intentions de Walker Evans. Elle revient sur le voyage de HCB avec John Malcom Brinnin pour nous éclairer sur la façon de travailler du photographe vue par cet écrivain et par Truman Capote. Cette impatience de Cartier et sa manière de se calmer en déclamant du Mallarmé ! Agnès Sire omet de dire que Brinnin après l’avoir fréquenté plus de 2 mois, avait qualifié HCB « d’humaniste indifférent aux gens ».
Puis elle relate les relations entre HCB et Evans à partir de leur rencontre de 1935.

Henri Cartier-Bresson, Bowery, Manhattan, New York, 1947, Fondation HCB, p. 87 et Walker Evans, South street, New York, 1932, Coll. J. Paul Getty Museum, p. 63
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L’essai de Jean-François Chevrier, historien et critique d’art, ne commente pas précisément les photos exposées mais s’appesantit sur les ouvrages des 2 artistes : American Photographs (1938) et Images à la sauvette (1952). Il en dégage ainsi le concept de collection pour Evans et celui de miracle de l’image unique pour HCB. Reprenant le livre de Robert Frank, Les Américains, Chevrier précise : « Entre Evans et Frank, l’étape Cartier-Bresson a manqué ». Il fait allusion au livre non publié suite au voyage de 1947.
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Chaque photo (43 pour chaque artiste) occupe une page entière avec un large bord blanc. Le papier satiné me semble moins approprié que le papier mat pour mettre en valeur la qualité des photos en noir et blanc. Mais on n’est pas dans le registre de la beauté plastique mais plus dans le documentaire !
Elles alternent en face à face, avec de temps à autre, une page gauche blanche avec un titre. Une série de Walker Evans sur New-York précède une série de HCB dans la même ville. Puis ce seront les états du sud, le Connecticut, la Pennsylvanie, etc. Les images se présentent sans ordre chronologique mais parfois un thème les réunit sur une double page : la foule p. 106-107, la maison en bois p. 126-127 ou la cartomancienne p. 172-173. Mais le procédé n’est pas systématisé.
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Henri Cartier-Bresson, Reno, Nevada, 1947, Fondation HCB, p. 172 Walker Evans, "Madame Adele", Southern States, circa 1936, Coll. J. Paul Getty Museum, p. 173
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Les photos datent de 1928 à 1948 pour Walker Evans avec une prédominance pour 1935-1936. Avec Cartier-Bresson, les clichés sont essentiellement de 1946 et 1947 avec une seule de 1935. Cela correspond à ses visites aux USA en 35 pour l’exposition à la galerie Julien Lévy, en 46 pour préparer l’exposition du Moma et en 47 pour son road trip.
On remarque que 47% des images d’Evans ne comportent pas d’êtres humains, alors que cette proportion tombe à 7 % chez HCB. Il me semble que toutes les photos prises par HCB en 1947 ne sont pas exposées et ne figurent donc pas dans le catalogue. C’est dommage !
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Henri Cartier-Bresson, Harlem, New York, 1947, Fondation HCB, p. 85 et Walker Evans, People in summer, New York State Town, 1930, Coll. MoMa New York, p. 64
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Je ne reviendrais pas sur l’analyse du style de chaque photographe et vous reporte à celle de Michel Poivert citée par Lunettes Rouges. On y retiendra que l’un est photographe de la visée, de l’exceptionnel apprivoisé. Et que l’autre mélange les temporalités car il montre le présent tel qu’on le verra dans le futur.
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Je préfère pour ma part cerner leurs traits communs. L’un et l’autre ont réinventé la photographie, ils ont fait fi des traditions issues des Beaux-arts, pratiqué un photo journalisme loin du sensationnalisme et amorcé un genre : la photographie documentaire. Avec simplicité, authenticité et distance, leurs images affirment l’engagement de ces photographes à témoigner sur les conditions ordinaires de leur époque. Ensemble ils ont ouvert une voie qui sera explorée par d’autres grands photographes. Un livre à acquérir sans façon !
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.Editeur : Steidl
Parution : Septembre 2008
Couverture cartonnée
Reliure cousue
86 photos en noir et blanc
182 Pages
Papier satiné 150 g environ
Largeur 20,4 cm Hauteur 24,5 cm Epaisseur 2 cm
ISBN: 978-3-86521-773-8
Photogravure : Steidl’s digital darkroom
Imprimé en Allemagne
Prix : 34,85 euros







Intéressant ! Bien que n'étant pas une spécialiste des grands photographes
Anne-Laure | 1 octobre 2008Intéressant !
Bien que n’étant pas une spécialiste des grands photographes (loin de là !!), je trouve qu’on reconnaît assez bien les images d’HCB ou Evans … HCB est davantage dans la construction de l’image, et l’humain (comme tu le faisais remarquer), tandis que Walter Evans semble être plutôt dans une visions spontanée : il saisit un élément du décor, une personne …
Dis donc, quelle culture photographique et quelle bibliothèque !!!
Je suis content que mes commentaires contribuent à éclairer la
Bernard | 1 octobre 2008Je suis content que mes commentaires contribuent à éclairer la pratique photographique.
Les grands maîtres sont utiles dans la mesure où on parvient à s’affranchir de leurs codes.
Et à créer son propre regard, ce que tu réalises avec brio !
J’ai quelques livres photos et suis heureux de pouvoir en partager les bienfaits…
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