SAUL LEITER ET LES REFLETS
Bernard | 6 octobre 2008Après avoir examiné La Transparence dans l’œuvre de Saul Leiter, nous allons nous intéresser aux effets de miroirs et de reflets.
Les photos proposées proviennent de :
Saul Leiter, Early Colors, Steidl, 2006
Saul Leiter, Photo Poche, Actes Sud, 2007
En matière de surfaces vitrées à reflets on peut considérer 2 grandes catégories : le miroir et la vitre. Cette dernière, en tant que vitrine, peut disposer d’un motif apposé volontairement ou non sur sa surface. De même cette vitre peut ou non laisser deviner ce qui se trouve derrière.
Ainsi Leiter joue sur les différents cas de figure pour nous proposer une vision renouvelée du spectacle de la rue.
MIROIRS VERTICAUX
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Dans Miroirs, vers 1958 et dans ITE, 1955, Saul Leiter en trouvant des miroirs découpés en lamelles verticales, photographie des tranches de vie et développe un puzzle. Les barres verticales transforment une scène banale en un tableau dont la structure intrigue. La mise au point est réalisée sur le miroir ce qui rend l’image floue. Ce contraste flou/net participe de la confusion d’interprétation.
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Dans Haircut, 1956 et dans Reflection, 1958, les vitrines se comportent comme de parfaits miroirs. Le reflet n’est pas saisi dans son intégralité, et l’image nécessite quelques instants pour livrer toutes ses informations. L’incomplétude et l’inversion du reflet perturbent le regard du spectateur. La juxtaposition des différents plans renforce ce trouble car elle ne correspond pas à une perception normale du réel vue sur une surface plane. Ces 2 images par la structure de la composition démontrent la virtuosité du regard de Saul Leiter.
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MIROIRS HORIZONTAUX
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Avec plusieurs miroirs disposés horizontalement l’effet produit correspond à un cisaillement. Le personnage photographié n’a plus les jambes dans le prolongement du corps. Par ailleurs la netteté du miroir tranche avec le flou du sujet. Un cadrage intelligemment décentré achève de conférer à cette photo un mystère levé avec le titre. Avec Shopper, 1953, nous avons à faire à une passionnée du shopping !
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VITRES/VITRINES SANS TRANSPARENCE
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La vitre ne laisse rien transparaître du contenu situé derrière elle, soit le fond sombre dissimule les contours des objets, soit un écran les masque complètement. Quoi qu’il en soit le résultat nécessite de la part du spectateur une plus grande attention pour déchiffrer les éléments de l’image. La mise au point peut privilégier la vitre et laisser sous forme de fantômes les personnages (Walking , 1956). Elle peut à l’inverse mettre l’accent sur la profondeur de champ et ainsi nous faire découvrir les moindres détails (Snow Scene, 1960).
On rencontre parfois des vitres avec motifs, il s’agit alors d’incruster subtilement ces éléments (lettres, affiches, enseigne, etc.) dans la composition comme ici dans nos 2 photos.
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VITRES/VITRINES AVEC TRANSPARENCE
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Le summum de la complexité se trouve avec une vitre dont on joue à la fois sur les reflets, les motifs et la transparence. Articuler les différents éléments de la vision constitue une tâche ardue car on tombe vite dans la cacophonie visuelle.
Pour L’étalagiste, vers 1956, Saul Leiter a profité du reflet et de la transparence avec une vitre sans motif. Le mannequin et l’étalagiste se situent derrière la vitrine qu’observe une dame au fichu blanc éclairée par un soleil perçant. La juxtaposition des images attire l’œil et le questionne.
Dans Phone Call, 1957 la vitrine porte une inscription tronquée : Public téléphone. Elle laisse apparaître un personnage attablé passant un coup de fil. Une personne, sur la gauche, semble avoir terminé son appel. En face d’elle, un personnage à béret blanc provient du reflet ainsi que le bus qui occupe la majeure partie de l’image. A la découpe centrale de la vitrine s’ajoute les fenêtres induites par le motif collé. Enfin les fenêtres et la porte du bus finissent de découper l’image.
Deux mystères entourent cette photo. Comment le photographe a-t-il évité d’être capturé par la pellicule ? Pourquoi les inscriptions au travers de la porte ouverte du bus ne sont-elles pas inversées par l’effet miroir ?
Au final cette image géométrique à multiples cadres et donc niveaux de lecture nous déconcerte au premier abord. Après un certain temps elle conserve sa part d’inconnu.
Dans Windows, 1957, la vitre comporte une espèce de mousse verte sur sa surface qui en opacifie la partie supérieure. En bas à gauche on aperçoit par transparence une boite rouge. Et un bâtiment se reflète dans cette vitre. La cohabitation de couleurs opposées (rouge, rose et cyan, vert) combinée avec les motifs lisses, striés et mouchetés donnent à la photo sa spécificité artistique.
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CONCLUSION
Saul Leiter nous trace la voie d’une utilisation esthétique des reflets et transparences sur une vitre avec ou sans motif apposé. Dans tous les cas il structure son image de telle sorte que le spectateur s’interroge sur cette « réalité » et induit une lecture attentive.
La délicatesse de son œuvre consiste à mélanger les différentes séquences visuelles sans brouiller la lisibilité de l’ensemble.













Ah ah ! Le voilà l'article sur les reflets ! Eh
Anne-Laure | 6 octobre 2008Ah ah ! Le voilà l’article sur les reflets !
Eh bien intéressant comme toujours ! J’aime assez le travail de ce photographe.
C’est intéressant d’analyser ainsi les différents éléments à prendre en compte dans la pratique du reflet … et de voir comme les éléments peuvent parfois magnifiquement se juxtaposer, s’imbriquer, se superposer parfois … un sujet toujours plein de ressources !
Bonne journée !
Chose promise, chose due ! Je suis ravi que cette analyse
Bernard | 6 octobre 2008Chose promise, chose due !
Je suis ravi que cette analyse t’ait plue. J’ai découvert Saul Leiter en 2006 et tout de suite la cohérence de son œuvre et l’acuité de son regard m’ont séduits. J’aime aussi le rendu couleur de ces images, il y a un côté suranné qui fait tout son charme.
Pour ma part j’ai beaucoup apprécié ton billet sur le flou et là aussi c’est un sujet inépuisable…
Je l’avoue je suis accro de tes billets !
Hello Bernard. Superbe analyse (comme d'hab ...) !!! Depuis que
Catherine | 8 octobre 2008Hello Bernard. Superbe analyse (comme d’hab …) !!! Depuis que j’ai découvert ce photographe (dont j’ai pas mal parlé en janvier au moment de l’expo à la FHCB, ici http://parismages.com/2008/01/16/photo-buzz-saul-leiter-a-la-fondation-henri-cartier-bresson-ca-commence-demain/) je suis fascinée pas ses photos, en particulier par les effets de vitrines avec transparence pour reprendre ta typologie des effets. Comme les livres à clé, ce sont des images avec plusieurs niveaux de lecture qui paradoxalement laissent beaucoup de liberté à l’imaginaire du spectateur.
Oh cool, le com s'affiche ... Je pensais finir en
Catherine | 8 octobre 2008Oh cool, le com s’affiche … Je pensais finir en spam avec le lien ! Bref … je sors tout de suite ;o)
[...] Pour mémoire, Saul Leiter a été exposé en début
Ouh la la - J-3 - Expo photo Saul Leiter à la galerie Camera obscura « Parismages.com | 16 octobre 2008[...] Pour mémoire, Saul Leiter a été exposé en début d’année à la Fondation Henri Cartier-Bresson (je vous en avais parlé ici et ici, et Bernard lui a récemment consacré deux billets d’anthologie ici et ici). [...]
Bonjour article très intéressant sur ce photographe que je ne connaissais
liegeard | 22 février 2009Bonjour
article très intéressant sur ce photographe que je ne connaissais pas.
Sans le savoir j’ai les mêmes obessions que lui pour preuve
http://www.vincennes-images.org/photo0-7003-237-un-visage-dans-la-rue-de-Thomas-Liegeard.html
ps : pour les deux enigmes :
a mon avis , on ne voit pas le photographe car il s’est mis au niveau du montant de la vitrine (le bus est également à cet endroit scindé en deux parties
et pour les lettres à l’endroit à mon avis c’est un élément dans le bar qui donne l’illusion d’être dans le bus du fat de l’éclairage.
thomas liegeard