LA PHOTO PAR CHENZ ET JEANLOUP SIEFF
Bernard | 12 novembre 2008Pourquoi ne par sortir de l’ombre et offrir à l’universalité de la Toile des ouvrages qui ont marqué les esprits en leur temps ? Avec LA PHOTO, Chenz et JeanLoup Sieff offrait un livre hors du commun.
Certains ouvrages dorment sur les étagères ou au fond d’un carton. Leur donner une visibilité Internet c’est, à mon sens, leur offrir une seconde vie, plus éternelle et plus universelle. C’est aussi rendre hommage à leurs auteurs et éditeurs, qui ont su prendre des risques, artistiques et économiques.
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LA PHOTO, parue en 1976 chez Denoël dans la collection Connaissance & Technique, se voulait une approche globale des problématiques liées à la photographie. En quatre thèmes joués à 4 mains, le livre abordait :
- La lumière, l’éclairage, la prise de vue
- Le matériel de prise de vue
- La surface sensible et son traitement
- Le métier de photographe.
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A l’énoncé de ces sujets, vous allez me dire qu’il n’y a là rien de captivant qui justifie cette « exhumation ». C’est mal connaître nos deux compères. Chenz, ingénieur, a travaillé pour la fameuse revue Hara-Kiri et son verbe vaut son pesant d’or. JeanLoup Sieff, 43 ans à cette date, photographe connu et reconnu, cultive une forme d’humour sensible.
Aussi bien dans le ton que dans la forme, cet ouvrage apportait un vent de renouveau dans le domaine des publications photographiques. A ma connaissance ce vent n’a soufflé qu’une seule fois, ce qui rend cet ouvrage précieux.
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La préface de Chenz mérite un copier-coller : « C’est une évidence : La Photographie n’aurait jamais existé s’il n’y en avait pas eu besoin. Le besoin de ladite s’est donc fait sentir cruellement le jour où un gros pithécanthrope velu s’est vu embarquer sa petite amie préférée par un autre pithécanthrope velu qui avait fait le portrait d’un auroch sur le mur de la caverne familiale. De ce jour, il y eut scission entre deux mondes restés depuis antagonistes : le monde des Dessinateurs qui font des Mickeys ressemblants, et le monde des Pauvres-Imbéciles-qui-ne-savent-pas-tenir-un-crayon. »
« N’importe quel crétin peut donc faire un portrait. Mais il le fera forcement mal. Le Photographe le fera bien, et, en plus, va s’entourer d’une aura d’Art et de Technique qui va lui permettre de traiter plus bas que terre le Dessinateur, qui lui n’a pas la Technique. En plus de ça, un bel appareil ça fait riche. Et puis, connaître à la fois l’Art et la Technique, ça suppose un Don, suivi d’une Initiation. Du coup, le Photographe peut embarquer la donzelle préférée du Dessinateur. »
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Sur un ton désinvolte Chenz entraîne son lecteur sur des chemins techniques avec force graphes, schémas et formules mathématiques. Les propos restent d’actualité pour ceux qui pratiquent l’argentique mais également pour les photographes numériques avec des chapitres sur la lumière, l’éclairage, la pratique de la photo ou les filtres.
La seconde partie du livre passe sous la direction de Jeanloup Sieff. Et ça commence très fort dans l’avant-propos :
« J’ai du monde en général, et de la photographie en particulier, une vision à la fois nuancée et complexe, totalement opposée aux points de vue manichéens et monolithiques qui sont ceux de la majorité, bref je distingue, et je n’ai pas l’intention de revenir là-dessus, d’un côté les photographes et de l’autre, les cons. Tout en devinant ce que ce jugement tout en demi-teintes pourra avoir d’irritant pour les personnes sans finesse, l’expérience que j’ai pu acquérir au fil des ans a forgé ma croyance en une telle démarcation. »
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Suit alors une interview imaginaire, où le photographe se pose à lui-même des questions. On y note une facilité à répondre à côté avec esprit (Vos sources d’inspirations ? Les odeurs), un détachement par rapport aux honneurs et distinctions, et de l’humour (Pensez-vous avoir du talent ? Absolument, mais je ne prénomme pas Achille).
Sous des dehors de dilettante, Jeanloup Sieff avait réfléchi à son métier.
« Il y a des milliers de gens dont la « profession » est de faire des photographies […] il y a des gens qui vont au-delà, des gens qui « s’expriment » […] et dont la personnalité, les goûts et la culture …apparaissent à travers leurs photographies, des gens pour lesquels la photographie est un langage, même quand ils photographient des usines ou des vêtements […]. »
De la photo de mode, il dit que s’exprimer c’est donner sa vision de la femme, de son époque ou de son fantasme. Il considère que la grande époque du photo-journalisme est morte (déjà !) et espère de nouveaux journaux, de nouveaux « objets » qui utiliseraient ces images contemporaines. A propos de la photographie conceptuelle, il avance : « quand une photographie n’est rien, il faut le dire […]. Ce qui ne signifie nullement que l’on puisse photographier le « rien ». Mais encore une fois, il y a la manière ! ».
Il donne la parole à des photographes qu’il a sélectionnés. Certains répondront à ses questions parfois bizarres (Que feriez-vous d’un milliard de F ? Aimez-vous les chats ?), d’autres éviteront. Et parmi ces artistes portraiturés ont retrouvent, Richard Avedon, David Bailey, Bruno Barbey,Edouard Boubat, Bill Brandt, Brassai, Jean Dieuzaide, Robert Doisneau, Ralph Gibson, Jean-Claude Gautrand, Frank Horvat, Les Krims, Jac Henri Lartigue, Duane Michals, Sarah Moon, Helmut Newton, Bernard Plossu, etc. Déjà toute l’intuition et l’expérience d’un regard talentueux.
Laissons à Jeanloup le soin de conclure : « La technique de base s’apprend en quelques heures, mais la pratique prendra une vie entière, s’affinant au fil des expériences, s’améliorant grâce aux échecs pour tendre à la simplicité qui sera celle du langage maîtrisé. Mais ce langage ne sera totalement maîtrisé, car il existera toujours cette chose merveilleuse, émouvante et rare qui est le hasard, le « moment privilégié » et fragile que seul le réflexe pourra saisir, ce réflexe de l’esprit et du cœur qui se nomme vision. »

La Photo, JeanLoup Sieff, Chenz, Hommage, anticipé, à Eric Rohmer, 1967, p. 294 - Jeune fille en chemise, 1973, p. 295
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Merci pour ce billet car je me demandais bien ce
photoculteur | 12 novembre 2008Merci pour ce billet car je me demandais bien ce que contenais ce bouquin qu’on voit régulièrement en vente sur ebay. Bonne journée.
Ca donne envie de l'acheter ce livre ! Bravo
Anne Jolly | 12 novembre 2008Ca donne envie de l’acheter ce livre ! Bravo pour cette belle mise en valeur.
ça donne franchement envie ce que tu en montres, ce
Anne-Laure | 12 novembre 2008ça donne franchement envie ce que tu en montres, ce que tu cites et ce que tu en dis !
Arf tu ferais pas bibliothèques des fois ?!!! :p :p :p
Bonne soirée à toi !
@ Photoculteur. Ebay et d'autres sites proposent des livres
Bernard | 13 novembre 2008@ Photoculteur. Ebay et d’autres sites proposent des livres anciens à la vente mais on ne peut les consulter. Si je peux je ferai d’autres billets rétro de ce genre pour éclairer les acheteurs potentiels.
Quels sont les souhaits ?
@ Anne Jolly. Ravi que ce billet vous ait plu et merci de votre commentaire.
@ Anne-Laure. Je te le prête volontiers, je sais que tu es méticuleuse !
Je ne connaissais pas du tout. Mais c'est vrai que
Catherine | 13 novembre 2008Je ne connaissais pas du tout. Mais c’est vrai que la préface de Chenz est lapidaire ;o) Heureusement E bay est là, et Noël arrive !
@ Catherine. Voilà un des objectifs de cette rubrique rétro
Bernard | 13 novembre 2008@ Catherine. Voilà un des objectifs de cette rubrique rétro rempli, faire découvrir un livre fût-il daté de quelques décennies !!
J’ai regardé eBay, il n’est pas donné !!
Eh eh ! Merci c'est super sympa ! t'es sur
Anne-Laure | 14 novembre 2008Eh eh ! Merci c’est super sympa ! t’es sur Paris ?! Ce serait sympa de se boire un truc un de ces jours !
J’ai regardé aussi sur Ebay, mais il m’a semblé assez cher également, et puis je n’aime pas acheter sans avoir vu, même après ta critique Bernard !